20 janvier, 2026

Les pouvoirs insoupçonnés de la rêverie

Auteur : Sonia Ayed Lecture : 4 minutes
Les pouvoirs insoupçonnés de la rêverie

Comprendre pourquoi le vagabondage mental est une ressource professionnelle

Longtemps perçue comme une perte de temps ou un manque de concentration, la rêverie — ou mind-wandering — apparaît aujourd’hui, à la lumière des recherches en psychologie cognitive, comme un processus mental essentiel. Elle participe à la régulation émotionnelle, à la créativité, à la planification et au bien-être psychique.

Pour les professionnels de l’accompagnement, comprendre ce phénomène permet de mieux soutenir les dynamiques internes des personnes accompagnées.

Qu’est-ce que la rêverie ?

La rêverie correspond à un déplacement spontané de l’attention vers des pensées internes : souvenirs, anticipations, scénarios imaginés ou dialogues intérieurs. Elle survient souvent lors d’activités routinières ou de moments de repos cognitif.

Le psychologue Jonathan Smallwood décrit ce phénomène comme une forme de « pensée auto-générée », indépendante des stimuli immédiats (Smallwood & Schooler, 2015).

Exemple professionnel

Un collaborateur imagine la réussite d’un projet futur ou anticipe une conversation difficile : il est physiquement présent, mais mentalement engagé dans une simulation interne.

Un fonctionnement mental courant et normal

Contrairement aux idées reçues, l’esprit humain vagabonde fréquemment. Une étude de Killingsworth et Gilbert (2010) estime que nous passons près de 47 % de notre temps éveillé à penser à autre chose que l’activité en cours

Ce phénomène n’est pas un dysfonctionnement, mais une caractéristique fondamentale du fonctionnement cognitif humain.

Les fonctions adaptatives de la rêverie

Planification et orientation des objectifs

Les travaux d’Éric Klinger montrent que la rêverie est étroitement liée à nos préoccupations actuelles et à nos objectifs personnels (Klinger, 1990). Elle permet de :

  • Simuler des scénarios futurs
  • Tirer des enseignements du passé
  • Préparer des actions à venir

Pour les professionnels de l’accompagnement, ces simulations internes constituent un matériau précieux pour explorer les motivations profondes

Régulation émotionnelle et sentiment de sécurité

La rêverie peut agir comme un espace psychique de régulation. Imaginer un lieu apaisant ou une issue positive à une situation stressante contribue à moduler l’état émotionnel.

Immordino-Yang et al. (2012) soulignent que ces périodes de repos mental participent à l’intégration émotionnelle et à la construction du sens.

Application professionnelle

Encourager les visualisations positives peut soutenir :

  • La gestion du stress
  • Le sentiment de sécurité intérieure
  • La résilience émotionnelle

Créativité et résolution de problèmes

Le vagabondage mental favorise l’incubation créative. Baird et al. (2012) ont montré que les participants engagés dans une tâche peu exigeante — propice à la rêverie — trouvaient davantage de solutions créatives par la suite.

Pour les organisations, cela implique que les temps de pause cognitive ne sont pas improductifs, mais peuvent soutenir l’innovation.

Rêverie, identité et exploration de soi

Chez les enfants et les adolescents, la rêverie joue un rôle majeur dans l’exploration identitaire (Singer, 1966). À l’âge adulte, elle continue de soutenir :

  • La projection dans des rôles futurs
  • L’ajustement des comportements
  • La compréhension des besoins personnels

Dans l’accompagnement, ces scénarios imaginés peuvent révéler valeurs, peurs et aspirations

Quand la rêverie devient rumination

Toutes les formes de rêverie ne sont pas bénéfiques. Lorsqu’elle se focalise sur des scénarios négatifs répétitifs, elle peut se transformer en rumination, associée à l’anxiété et à la dépression. La distinction clé :

Application professionnelle

Exploration, Ouverture de possibles, Régulation émotionnelle

Rumination

Répétition stérile, Focalisation sur l’échec, Amplification du stress

L’accompagnement peut aider à réorienter les scénarios mentaux vers des perspectives plus constructives.

Implications pour les professionnels de l’accompagnement

Comprendre la rêverie permet de :

✓ Normaliser le vagabondage mental

Réduire la culpabilité liée à la distraction.

✓ Explorer les scénarios internes

Accéder aux représentations profondes du client ou du collaborateur

✓ Favoriser les pauses cognitives

Reconnaître leur rôle dans la créativité et la prise de recul.

Conclusion

Loin d’être une simple distraction, la rêverie constitue un processus psychique adaptatif, au cœur de la régulation émotionnelle, de la créativité et de la construction du sens. Pour les professionnels de l’accompagnement, elle représente un levier précieux pour comprendre les dynamiques internes et soutenir les trajectoires de transformation.

La prochaine fois qu’un esprit s’évade, il ne s’éloigne peut-être pas du réel : il est possiblement en train de préparer l’avenir

Les références

Baird, B., Smallwood, J., Mrazek, M. D., Kam, J. W. Y., Franklin, M. S., & Schooler, J. W. (2012).
Inspired by distraction: Mind wandering facilitates creative incubation. Psychological Science.

Immordino-Yang, M. H., Christodoulou, J. A., & Singh, V. (2012). Rest is not idleness.
Perspectives on Psychological Science.

Killingsworth, M. A., & Gilbert, D. T. (2010). A wandering mind is an unhappy mind.
Science.

Klinger, E. (1990).
Daydreaming: Using Waking Fantasy and Imagery for Self-Knowledge and Creativity.

Singer, J. L. (1966).
Daydreaming

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À propos d'auteur

Sonia Ayed

Sonia Ayed

Experte en Qualité relationnelle

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